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Visual kei


Réunion au sommet du visual kei 2010





« Pour présenter au monde le visual kei comme un genre unique, serait-il vraiment bon de le laisser tel qu'il est actuellement ? »

La scène du visual kei a traversé de nombreuses périodes et a accumulé beaucoup d'histoire, toujours débordante d'énergie, mais il semblerait toutefois qu'elle soit à présent en train de s'affaiblir... Pourquoi donc ? Comme article principal de ce tout premier Cure de l'année, nous vous proposons une grande discussion entre les différents représentants qui font bouger la scène actuelle, et qui portent en eux de forts sentiments, prêts à amener le visual kei toujours plus haut ! Ces hommes, qui ont tous le point commun d'avoir joué dans un groupe tout en dirigeant leur label, se sont réunis pour s'assurer de la réalité et de l'essence du visual kei, chacun avec sa façon de faire, sa façon de se montrer, et sa façon de changer les choses. Puisque nous sommes dans une telle période de déclin, il faut montrer du doigt la façon de faire « actuelle », il faut que non seulement les acteurs mais aussi les spectateurs de cette scène s'unissent pour la faire évoluer, faire en sorte qu'elle ne faiblisse jamais, quelle que soit la direction qu'elle prenne. Il faut métamorphoser le genre du visual kei de façon à ce qu'il prenne la « forme qu'il devrait avoir » et qu'il devienne plus fort qu'il ne l'a jamais été. Une importante réunion s'est tenue, dans le but de toucher au fond du problème.

― Vous nous avez fait l'honneur de vous réunir malgré votre emploi du temps chargé, pour nous offrir une conversation entre représentants de label comme nous n'en avions pas eu depuis bien longtemps. Je pense que chacun d'entre vous a un sentiment particulier quand il fait face à la scène d'aujourd'hui, alors comment vous apparaît-elle réellement, à vous qui la faites évoluer ?

KAMIJO : Ce que je pense, c'est que trop de groupes refusent de faire des concerts avec des groupes qui apporteraient un public moins important que le leur. Bien sûr, le nombre de spectateurs est un élément à prendre en compte au moment de découper les events, mais je pense quand même qu'on peut choisir ses groupes partenaires en se basant sur d'autres critères que le simple nombre de spectateurs qu'ils pourraient faire venir. Et puis, je pense que les groupes actuels se ressemblent beaucoup trop, je trouve ça un peu dommage.

KENZI : Les gens sont devenus calculateurs. Dans le temps, on se disait « ça a l'air amusant, alors faisons-le » mais maintenant, tout se décide selon le nombre de spectateurs... et ce genre de choses.

KAMIJO : Vu que je dirige un label, je pense que je suis capable de juger rapidement les invitations qui me sont faites. J'ai envie de répondre « faisons ça tout de suite » à toutes les propositions qui me paraissent intéressantes. Bien sûr, il faut prendre en compte le planning et les différents évènements déjà prévus, mais par exemple, si KISAKI-kun me demandait là, tout de suite, de faire un concert avec lui, je lui dirai directement « faisons-le ». D'ailleurs, KISAKI-kun aussi me répondrait la même chose. Je pense que tout le monde ici marche avec ce même état d'esprit. Quand on est invité à participer à un concert, je comprends qu'on puisse répondre « je vais demander aux membres » car c'est vrai que ce qu'il y a de plus important, c'est les autres membres du groupe, mais je pense aussi qu'on peut dire quelque chose de plus enthousiaste, comme « attendez un moment, j'aimerais vous dire oui et qu'on puisse faire ça tous ensemble ».

KISAKI : Je sens bien que les neuf personnes ici réunies ne sont pas enfermées dans un cadre étroit, et j'en suis content. Nous sommes tous capables de réfléchir promptement et de vite décider quand quelque chose nous paraît vraiment intéressant. Mes relations avec KAMIJO n'ont pas du tout changé, bien qu'il soit passé major. J'ai l'impression que les différents labels qui se sont réunis ici aujourd'hui ont réussi à créer une grande communauté qui dépasse la simple barrière indies/major du visual kei. Alors j'ai un peu de peine pour tous ceux qui n'ont pas été invités ici.

KAMIJO : Il est amusant de constater les liens entre nous. Deux guitaristes qui font maintenant partie de mon groupe étaient sur les labels de TOMOZO-kun et TATSUYA-kun avant ça. Pour ce qui est de HIZAKI, il a même participé à KISAKI PROJECT. Ça me donne vraiment l'impression d'une très forte connection entre nous tous. D'ailleurs, comment étaient ces deux-là à l'époque ? (rires)

TOMOZO : HIZAKI a été plus longtemps avec TATSUYA-san qu'avec moi.

TATSUYA : Ces deux personnes avaient vraiment beaucoup de sérieux. C'est surtout lorsqu'ils jouaient sur scène qu'ils étaient très stricts et exigeants avec eux-mêmes. Je me demande souvent avec quel genre de sentiments et d'intentions les jeunes d'aujourd'hui jouent sur scène. Ils quittent leur groupe au bout d'un an, ou alors c'est le groupe qui se sépare. Je ne sens pas beaucoup de sérieux et de professionnalisme dans ces groupes et dans leurs concerts. Quand j'ai commencé à jouer dans un groupe, je me suis trouvé entouré de types avec un fort esprit de compétition, et on se disait toujours « on perdra pas ! ». Si par exemple on perdait sur le nombre de spectateurs par rapport aux autres groupes, on se rattrapait sur l'alcool après les concerts, et là on ne perdait pas !

Tout le monde : (Rires).

TATSUYA : En tout cas, je crois qu'il y avait pas mal de types avec ce fort esprit de compétition.

KENZI : Les groupes ne voulaient pas perdre sur le volume de leur coiffure non plus, et petit à petit ça devenait de plus en plus gros (rires). Maintenant que j'y pense, c'est un peu bizarre. Ça fait des têtes vraiment énormes par rapport aux épaules.

Tout le monde : (Rires).

KENZI : Je pense que ce serait bien si les groupes actuels pouvaient au moins essayer d'avoir quelque chose d'unique qui ferait en sorte qu'ils ne perdent pas face aux autres groupes, mais maintenant tous les groupes se ressemblent.

TOMOZO : Il est bien sûr très important de composer de bonnes chansons et de satisfaire les spectateurs, mais je crois que trop de groupes pensent trop à la réaction du public et en font l'essentiel. Du coup, ils ne font pas ce qui leur plaît vraiment. En pensant tous comme ça, en voulant plaire au public à tout prix, ils finissent fatalement par tous faire la même chose. Moi, je veux qu'ils persistent à faire ce qui leur plaît, et seulement ce qui leur plaît. En faisant la même chose que les groupes autour, plus aucun groupe n'a sa propre spécificité et je trouve ça mauvais, car les groupes qui se retirent deviennent beaucoup trop nombreux. Je veux vraiment qu'ils fassent ce qu'ils trouvent amusant, ce qu'ils trouvent attrayant. Ce serait bien qu'ils aient davantage de confiance en eux.

KENZI : C'est peut-être parce que je suis un peu plus âgé que vous tous, mais je ne trouve plus vraiment de charme au visual kei actuel. Les groupes sortent un CD, puis les membres se retirent, et les groupes finissent par se séparer beaucoup trop tôt. Si on regarde un Cure qui date d'il y a un an, un tas de groupes n'existent plus aujourd'hui. Et presque aucun des groupes qui apparaissent dans le tout premier numéro de Cure n'est encore actif. Mon label Anarchist Records ne bouge pas du tout en ce moment, mais malgré ça, on m'a donné la possibilité d'être présent ici, et j'en suis reconnaissant, car aujourd'hui j'ai pu me faire de nouveaux amis, et ça m'a vraiment stimulé. Dans le futur, j'aimerai faire revivre Anarchist Records. Maintenant, je veux me tenir sur scène et voir jusqu'où je peux aller. Je ne veux plus me contenter de regarder les jeunes, je veux bouger. C'est vraiment ce que je ressens, et je m'excuse si ma présence ici vous paraît impolie du fait que mon label n'est pas actif. Vous savez, à l'époque, Anarchist Records n'avait pas beaucoup d'argent, mais nous avions une puissance incroyable ! Nous brûlions d'énergie.

KAMIJO : Je comprends. Je pense avoir pu ressentir cette puissance incroyable de façon très directe, à l'époque où mon groupe précédent, LAREINE, était indies. Je me souviens qu'après un concert, les membres de ton équipe rouge (d.p.s) était venus boire avec nous. Au final, tu as fait venir 400 personnes au Tsubohachi de Shinjuku.

Tout le monde : (Rires).

TOMO : Les fêtes qui suivaient les concerts étaient quelque chose d'essentiel.

KAMIJO : Tout le premier étage semblait sur le point d'exploser tant il était bondé.

KENZI : Les groupes d'aujourd'hui n'ont plus ce genre de fête.

KAMIJO : C'est pourtant sympa quand on boit tous ensemble et quand tout le monde finit par se battre...

Tout le monde : (Rires).

KENZI : C'est toujours une bonne occasion de renforcer les liens entre groupes. Je ne comprends pas les jeunes d'aujourd'hui, tous à jouer à leur DS pendant qu'ils attendent dans les coulisses.

TOMOZO : C'est sûr qu'il y en a beaucoup qui jouent aux jeux vidéo dans les coulisses.

KENZI : Je me demande pourquoi. Je comprends que jouer puisse détendre, mais faire ça le jour même du concert ? Ça me dépasse.

KISAKI : Chez nous, à UNDER CODE, l'alcool et les jeux vidéo sont interdits dans les coulisses lors des jours de concert. Mais c'est vrai que les otaku qui jouent aux jeux vidéo dans les coulisses se sont multipliés. Il y avait déjà de nombreux anciens délinquants sans aucune motivation dans la scène du visual kei à l'époque où nous avons débuté, mais actuellement, les types dans lesquels je ne ressens absolument aucun esprit combattif sont également devenus très nombreux. Je me demande souvent « vous faites du visual kei, mais est-ce que vous aimez vraiment ça ? ».

Izumi : Moi aussi j'interdis les jeux vidéo et les manga. Je trouve tout ça complètement inutile avant un concert, car il y a déjà des tas d'arrangements à faire et de choses dont il faut discuter. Ils feraient mieux de s'inquiéter un peu et d'aller sur scène avec davantage de sérieux et de tension.

KENZI : Il n'y a pas seulement les jeux vidéo, mais aussi les portables. Je déteste quand ils n'arrêtent pas de toucher à leur portable juste avant un concert. Bien sûr, nous qui sommes des représentants de label, nous n'avons parfois pas le choix. Mais ils sont vraiment nombreux à le faire. Et puis, quand je vois qu'ils se remettent directement à regarder leur portable dès la fin du concert, je me demande ce qui a le plus d'importance pour eux.

KAMIJO : Après ce sujet, il y a quelque chose dont je veux à tout prix parler aujourd'hui. Que pensez-vous des « shikiri » ? Je veux vraiment que ce système disparaisse.

KENZI : Les shikiri ? Qu'est-ce que c'est ?

KAMIJO : Les shikiri sont les personnes qui notent sur un papier qui doit aller où pendant les concerts. Elles décident de la place que chaque fan doit occuper.

KENZI : Et ce sont des fans qui s'occupent de ça ? C'est n'importe quoi !

KAMIJO : C'est ça. Je pense qu'il est déjà inutile d'avoir une hiérarchie parmi les roadies et le staff. C'est pareil pour les fans, il est vraiment inutile qu'il y ait une hiérarchie parmi eux. C'est ce phénomène des shikiri qui m'a fait prendre conscience de ça. Je ne veux pas que nos spectateurs assistent à nos concerts avec ce sentiment de devoir suivre les règles de quelqu'un d'autre, à cause de la conduite de ces shikiri. Je pense qu'il ne faut pas contrôler l'espace de la salle de concert de cette manière.

KENZI : Alors les personnes qui s'y prennent le plus tôt ne gagnent même pas les meilleures places ?

KAMIJO : Oui, même les personnes qui ont les meilleurs numéros de places se font replacer par les shikiri. Je pense que c'est quelque chose qu'il faut faire cesser de toute urgence, mais tout le monde se tait et les laisse faire. Je sais que toutes les personnes ici présentes sont des personnes qui peuvent se faire entendre et qui sauront parler sans hésiter, alors je veux que, tous ensemble, nous fassions disparaître ce système. Plutôt que de nier tous ces faits bien réels, je veux à tout prix dire aux fans qu'il est inutile qu'il y ait une hiérarchie entre eux.

KISAKI : J'entends souvent parler de ce problème. C'est un problème très sévère qui nous accable tous, d'autant plus que, malgré notre statut, il y a des limites à ce que nous pouvons faire en intervenant. Ce problème traduit un véritable manque de morale en tant qu'être humain chez ces personnes. Pour faire simple, j'ai envie de leur dire de mettre fin à ces activités détestables dont les autres peuvent souffrir.

KAMIJO : Je ne dis pas que les fans doivent absolument être tous amis et bien s'entendre, mais nous n'avons vraiment pas besoin de ce système où certains fans ont plus d'importance que d'autres.

KENZI : Je pense qu'avec un système aussi embêtant, beaucoup de fans doivent finir par décider de ne simplement plus venir aux concerts.

KAMIJO : Que ceux qui sont contre le système des shikiri lèvent la main.

(Tout le monde lève la main)

KAMIJO : Nous sommes donc tous d'accord. Je pense qu'il est important que cette discussion apparaisse dans un magazine. Car c'est vraiment quelque chose qu'il faut changer.

Izumi : Une fois, alors que je me tenais à la table des goods pour vendre des places de concert le jour de leur mise en vente, j'ai vu une shikiri juste à côté faire pareil. Elle faisait passer les tickets qu'elle avait achetés.

KAMIJO : Nous n'avons pas le choix, il faut que nous fassions attention à ce genre de choses...

KENZI : Ces shikiri sont là depuis longtemps ?

Izumi : Ce sont des fans qui assistent à tous les concerts d'un groupe, depuis leur formation. Les shikiri achètent plusieurs tickets pour ensuite les faire passer selon une certaine hiérarchie. J'ai réfléchi à des moyens de mettre fin à ce système, comme par exemple un système de loterie pour les tickets, mais franchement, tout cela n'a pas de sens.

KENZI : Les nouveaux fans doivent détester ça.

Izumi : Il y a quelques temps, un garçon a obtenu la place numéro 1. Il est venu me consulter en me disant « il faut que je leur donne cette place, pas vrai ? ». Je lui ai tout de suite répondu « tu n'es absolument pas obligé de le faire, alors rentre vite chez toi ! ».

KAMIJO : Ces personnes qui divisent les places et qui sont la cause de ce système, elles connaissent toutes les chansons par coeur, et pensent qu'en jouant les chorégraphies juste devant les membres d'un groupe, elles les rendront heureux. Mais peu importe si les gens juste devant nous ne connaissent pas nos chansons. Si un groupe n'arrive pas à les enflammer, eh bien c'est qu'il est mauvais. J'ai envie de dire à tous les fans de ne pas laisser tomber à cause des shikiri et de croire en nous car nous faisons tout ce que nous pouvons.

― Bien, maintenant j'aimerais m'adresser à Michiru-san dont le label fête ses dix ans cette année. Comment percevez-vous la scène actuelle ?

Michiru : J'aimerais tout d'abord répandre, ne serait-ce qu'un tout petit peu plus, cette musique visual kei que j'aime tant. Depuis que j'ai commencé à jouer dans un groupe, j'ai reçu l'influence de nombreuses personnes, et c'est toujours avec l'intention de répandre jusqu'à de nombreuses autres personnes tout ça, tout ce que j'aime, que j'ai continué à évoluer sur cette scène. Cela peut paraître assez vague, mais j'ai toujours tout fait avec cet état d'esprit, en achetant et en écoutant constamment de nouveaux CDs. Même maintenant, dans cette scène dans laquelle je joue, je suis toujours animé de ce fort désir de faire écouter aux gens toutes sortes de nouvelles choses qui me tiennent à cœur. Le temps est vite passé et nous voilà déjà à la dixième année. Je n'ai personellement pas vraiment participé aux fêtes dont vous parliez plus tôt (rires), alors je pense qu'il y a beaucoup de facettes à l'intérieur même de cette scène que je ne connais pas, mais bien sûr, pour moi, l'essentiel, c'est de communiquer aux fans la musique de tous ces groupes que j'ai tant aimés.

― Demandons maintenant aux plus jeunes. Comment ça se passe pour Shimizuya Records, le label qui nous vient de Nagoya ?

Izumi : Eh bien, moi aussi je trouve que récemment, les groupes qui dépendent trop des autres pour atteindre leurs objectifs se font de plus en plus nombreux. De nombreux groupes font l'erreur de penser que tout se fera naturellement si ils ont une bonne promotion, si on leur fait beaucoup de publicité et qu'on imprime beaucoup de flyers. Finalement, ils se rendent compte qu'ils ne se vendent pas bien et ils mettent ça sur le dos de la méthode de vente des labels. J'ai le sentiment qu'ils essaient de fuir la réalité... Quand ils se disent que tout est perdu, ils finissent par se séparer, puis plus tard ils vont former un nouveau groupe en se disant « cette fois on va bien se vendre ! ». C'est ce que font beaucoup de jeunes, mais moi je pense qu'il serait bon de se débarrasser de cette manière de penser.

MAR : Je dirige un label à Ōsaka et c'est bien entendu en suivant et en observant UNDER CODE que je me suis introduit dans cette industrie. Mais j'ai aussi remarqué que nombreux étaient les jeunes groupes qui tentaient de les copier. Il y a de nombreux groupes dans lequels je ne sens aucune motivation et qui n'ont pas l'air de se dire qu'ils doivent faire de leur mieux par eux-même. Comme l'a dit KAMIJO-san plus tôt, ils vont participer seulement aux events qui auront beaucoup de spectateurs, et finissent par trop se reposer sur les autres. Dès que les choses deviennent un peu difficile pour eux, dès qu'ils trébuchent, ils ne veulent plus continuer, ils préfèrent se séparer au lieu de réfléchir à ce qu'ils pourraient faire pour avancer par la suite. Petit à petit, ils comprendront que pour atteindre les sommets, il faut de la persévérance.

TOMO : Moi aussi je débute dans le monde des labels, mais j'ai déjà pu jouer dans un groupe rattaché à Anarchist Records. J'ai persévéré avec les camarades du label, et c'est comme ça que je me suis forgé, en jouant le style de musique que je jugeais bon. C'est parce que je trouvais que ces derniers temps, il y avait trop peu de liens de ce genre que j'ai eu envie d'essayer de rassembler une équipe de bons camarades pour pouvoir jouer ensemble, composer ensemble, et tous ensemble monter au sommet. De nos jours, nombreux sont les senpai qui ne s'occupent pas vraiment des plus jeunes et qui les laissent faire. Puisqu'il n'y a personne pour s'énerver quand les plus jeunes font des choses stupides, j'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de jeunes qui ne comprennent rien. À notre époque, on n'enseigne plus les choses avec violence, alors les jeunes membres de groupe marchent dans cette industrie sans vraiment savoir où aller, et sans personne pour leur apprendre. J'ai créé ce label avec le désir de guider et d'élever les groupes. Dans le temps, cette industrie était plus ordonnée.

KENZI : J'utilise le fouet de l'amour. Si on frappait les jeunes de notre époque avec ce fouet de l'amour, je pense qu'ils fuiraient.

TOMO : À l'époque, KENZI-san pouvait s'énerver très fort (sourire amer).

KENZI : (rires), c'est ça. C'est de l'affection. De nos jours, les professeurs ne frappent pas les élèves à l'école, mais je pense que quand ils le faisaient, c'était pour le bien des élèves. Il faut davantage le voir comme de l'affection plutôt qu'un simple châtiment corporel. Et je pense que tous les représentants de label qui sont venus ici brûlent de ce sentiment d'affection. On aime tous faire les choses tous ensemble, pas vrai ? Aller à un festival culturel tous ensemble, monter en moto tous ensemble, j'aime avoir ce genre de sensations avec les groupes. Je pense que finalement, c'est ça un label. Sortir des CD passe au deuxième plan.

― Bien, et maintenant, dites-moi, où voulez-vous amener la scène du visual kei, comment voulez-vous qu'elle devienne ?

KISAKI : Plutôt que de réfléchir à où et comment, je préfère tout simplement faire tout ce que j'ai envie de faire. Je n'ai pas en moi ce sentiment de vouloir tout changer à tout prix. J'entreprends tout ce que je fais avec une grande confiance, en me disant « si je suis actif, la scène changera d'elle-même ». Je pense qu'il vaut mieux se dire « en faisant ça, la scène changera peut-être » plutôt que de tout vouloir transformer. C'est pour ça que je place beaucoup de fierté et de confiance dans tout ce que j'entreprends. Mais il y a aussi des choses que nous ne pouvons accomplir que tous ensemble. Il y a de nombreuses choses qu'il est impossible de réaliser seul, des choses que notre seul label ne saurait accomplir. C'est pourquoi, dans ces moments, j'ai envie que nous unissions tous nos forces. Je pense qu'il serait intéressant d'ainsi créer une association qui dépasserait les simples notions d'artiste et de genre. Quelque chose qu'on ferait tous ensemble sans s'occuper de l'appartenance ou non à un label particulier.

KENZI : Dans le monde du visual kei, les hommes se maquillent, et en général ce genre de choses n'est pas accepté à l'extérieur. Alors, les groupes qui changent et qui commencent à se maquiller de façon beaucoup plus légère quand ils passent major sont malheureusement très nombreux. Cependant, KISAKI, lui, ne change pas. Pareil pour KAMIJO. J'aime ce genre de personnes qui ne fléchissent pas. Ça s'applique aussi à Michiru. Mais les jeunes de maintenant, ils ne s'engagent dans rien. Je déteste ce genre de raisonnement, « comme c'est à la mode, faisons ça ».

TATSUYA : À l'époque où nous avons commencé dans le visual kei, il y avait des groupes qui nous stimulaient et qui devenaient comme une source de motivation, n'est-ce pas ? Nous sommes entrés dans ce monde en les admirant et en les trouvant classes. Nous aussi, avec nos groupes et nos labels, nous voulons persuader les jeunes non pas par des mots, mais en leur montrant notre style propre, car pour que davantage de bons groupes soient créés, il faut faire revenir cette époque où nous avions reçu toute cette stimulation. À l'époque où nous avons commencé à aimer le visual kei, chaque groupe avait une couleur qui lui était propre, forte et bien distincte. Nous pensions à cette époque « nous voulons devenir comme ça, nous voulons donner ce genre de concerts ». C'est ce genre d'impact très fort que j'ai envie moi aussi de créer auprès des jeunes groupes.

Michiru : Il semblerait qu'il y ait eu une sorte d'âge d'or du visual kei, n'est-ce pas ? Mais, de nos jours, nous avons réussi à exporter le visual kei jusqu'à l'étranger, où il est considéré comme faisant partie de la culture japonaise, au même titre que les anime par exemple. Je veux avancer avec confiance, car nous représentons la culture japonaise. Comme vous l'avez tous dit, il faut faire ce que l'on aime. Alors, en marchant ainsi avec ces convictions, des chemins s'ouvrent à nous. Mais ça, on ne peut pas le faire seul. Je pense que si tout le monde ne porte pas ces profondes convictions en soi, alors on n'avance pas. Je pense que nous pouvons avancer, petit à petit, en travaillant sur toutes les choses négatives, comme la conduite des shikiri citée précédemment. Si tout le monde fait tout son possible pour évoluer dans un meilleur environnement, alors je pense que la scène pourrait vraiment devenir meilleure.

TOMOZO : Pour ce meilleur environnement, il ne suffit pas d'être poli et de saluer les autres groupes. Saluer les autres, c'est quelque chose de normal. Je crois que l'important, c'est de pouvoir voir ses camarades, ses relations, même intimes, comme des ennemis. Il faut que les labels aient dans l'esprit de ne pas perdre face aux autres labels. Je pense qu'il y a trop de personnes qui ne considèrent pas les autres comme des rivaux, qui ne se disent pas « je ne veux pas perdre face à eux » et qui jouent en considérant tous les autres comme leurs amis. Dans mon activité professionnelle, je prends mes distances et ne me considère plus comme un proche de KISAKI-kun, de KEN-chan, de TATSUYA-san, d'Izumi-kun, etc. Ces neufs personnes ici réunies ont chacune des façons de faire et des structures différentes, mais elles portent toutes une forte confiance en elles. Je pense que je ne pourrais pas continuer d'être actif dans la catégorie du visual kei si je ne me disais pas que je ne dois perdre face à eux tous sous aucun prétexte. Nous devons porter beaucoup de confiance en nous, considérer tout le monde comme un rival, car malgré les différences de structure et d'échelle entre nous, nous sommes tous dans la même arène. J'aimerais que vous réfléchissiez à ça.

KENZI : Beaucoup de groupes actuels se font passer pour du visual kei sans en être vraiment, n'est-ce pas ?

TOMOZO : C'est ça. Par exemple, dans le visual kei de l'esthétique, les types qui se disent « Versailles est déjà trop bon, ça ne sert à rien, on ne sera pas à la hauteur » ont tout faux. Il n'y a là aucun esprit compétitif. Ceux qui se disent qu'HIZAKI est trop bon à la guitare, que KEN-chan est incroyable avec tout son sang, que KISAKI est génial, à toujours produire toutes sortes de trucs, s'arrêtent à admirer ces personnes, en se pensant juste « ils sont trop bons pour nous ». Je veux qu'ils arrêtent de faire semblant de faire de leur mieux pour vraiment perséverer dans ce qu'ils font. Je veux qu'ils se mettent à créer des choses pour lesquelles, pleins de confiance, ils pourront vraiment dire « nous faisons tout ce que nous pouvons ».

Izumi : Moi aussi, quand je suis entré dans cette industrie, les groupes de Nagoya brûlaient d'ardeur. C'est poussé par l'espoir de devenir comme eux que je suis entré dans cette industrie. A vrai dire, je serais heureux si je pouvais faire ressentir ce genre de chose à ne serait-ce qu'un seul de nos spectateurs. J'aimerais bien que cette fascination, cette admiration, continue encore et influence les jeunes d'aujourd'hui pour les pousser à faire des groupes. Quand on regarde les photos des groupes qui jouent ensemble lors d'events, on a souvent l'impression qu'ils sont tous en train de se copier les uns les autres. Je pense qu'ils feraient mieux de prendre leur inspiration de groupes qu'ils admirent, et qui les ont poussé à entrer dans cette scène. C'est pourquoi je veux faire de mon mieux pour produire des artistes qui pourront devenir sources d'admiration et d'inspiration, ne serait-ce qu'un tout petit peu.

MAR : Trop de groupes se disent juste « tiens, essayons de faire ça pour voir ». Un groupe va essayer une seule fois et ça ne va pas bien marcher, alors il va finir par se dissoudre. Les groupes qui ne flanchent pas de la sorte sont devenus de plus en plus rares. Mais moi, je ne veux pas perdre comme ça. Je pense qu'il serait bon que cette scène regorge de groupes pleins d'énergie qui seraient capables de montrer la façon dont les plus jeunes doivent s'y prendre.

TOMO : Je pense qu'à partir du moment où l'on fait tout pour convaincre les spectateurs et les autres personnes de l'industrie de ses qualités, que ce soit sur les costumes, les ongles, ou la musique, il y a toujours moyen de vendre. Et même s'ils n'arrivent pas à bien se vendre malgré ça, je veux que les groupes restent rigoureux et fiers, car ils seront tout de même considérés comme bons. Si les jeunes comme ça se multipliaient, tout naturellement l'industrie et les labels pourraient s'améliorer. Et ce faisant, la scène pourrait influencer le monde comme à l'époque du boom du visual kei. Comme en ce moment j'évolue également en tant que musicien, je veux jouer en prêtant une attention particulière à tout ça.

KAMIJO : Le visual kei est un genre musical dans lequel tout est permis pour les artistes. Ainsi, je veux que tout le monde fasse davantage sortir toutes sortes de choses du fond de leur coeur, car quand le mot « visual kei » sort de ma bouche, il est synonyme de « liberté ». Nous pouvons faire tout ce que nous entendons faire, nous avons la possibilités d'exprimer toutes sortes de choses. Je veux que tout le monde ressente ça, et que plus personne n'ait d'hésitation. Je veux que les groupes surprennent les gens, en appliquant ce terme célèbre du « visual shock ». Il faut toujours offrir davantage aux fans. Et puis, un label n'est pas une école, pas vrai ? Par exemple, Matenrō Opera persévèrent en me regardant, en regardant mon groupe Versailles, et je veux qu'ils continuent à regarder tout le monde en en tirant des leçons par eux-même et en faisant de leur mieux. Ils sont stimulés lorsqu'ils regardent faire des camarades plus expérimentés qu'eux. Dans mon label, il n'y a pas vraiment d'enseignement qui viendrait d'une personne en particulier. Tout au plus, je leur ai juste appris à utiliser une fourchette lors des repas...

KENZI : Mais ça, c'est juste dans le label de KAMIJO.

Tout le monde : (Rires).

KENZI : Je n'ai jamais rien enseigné de tel dans Anarchist Records.

KAMIJO : Quand vous entrez dans Sherow Artist Society, on vous apprend qu'il est mauvais de manger en faisant du bruit. Mais ça, c'est en tant qu'être humain qu'on vous l'enseigne, pas en tant que label.

KENZI : Attends, tu viens de dire « en tant qu'être humain » ? Mais KAMIJO, tu n'es pas censé être un vampire ?

Tout le monde : (Rires).

KAMIJO : Considère-moi comme un être humain s'il te plaît !!

KENZI : Quand tu fais du rock, tu n'es plus un être humain. Pareil pour KISAKI, c'est Dieu. C'est pas un être humain~.

KISAKI : Ah, c'est ça... (sourire amer).

Tout le monde : (Rires).

KAMIJO : L'autre fois, dans son émission de télévision, KISAKI-kun a dit qu'il était le « Dieu originel » et que j'étais le « Dieu actuel » (rires).

KISAKI : J'ai dit ça ! Mais je le retire (rires). Je pense que c'est ce que tout le monde se dit en ce début d'année 2010, mais je veux être le numéro 1. Alors je vous considère tous comme mes rivaux. Bien sûr, j'ai aussi envie que nous fassions tous de notre mieux ensemble, mais je n'ai l'intention de perdre face à personne. En cette année 2010, je compte lâcher une bombe avec mon label UNDER CODE. Alors tiens-toi prêt, senpai !

KENZI : Qu'est-ce qu'il lui prend tout d'un coup ? Son attitude m'inquiète~.

Tout le monde : (Rires).

KAMIJO : Je pense que le mot « UNDER » d'UNDER CODE est très important. Il représente bien l'attrait de l'underground.

KISAKI : Peut-être que les gens qui sont en train de lire KAMIJO ont de lui une image extrêmement sérieuse, mais en fait, c'est un type amusant. Pour moi, c'est un coffre à blagues. Il adore divertir les gens et les faire rire. Parmi les comiques du visual kei, je pense que c'est le numéro 1.

Tout le monde : (Rires).

KISAKI : C'est sa façon à lui de conquérir les spectateurs. KAMIJO aime rendre les gens heureux. Quand les spectateurs riaient de lui à l'époque de LAREINE, à la fin de la journée il disait « aujourd'hui, j'ai réussi ! ».

Tout le monde : (Rires).

KISAKI : Mais bon, ça montre qu'il est capable d'aller jusqu'au bout. Moi aussi, quand j'ai commencé à me faire appeler Dieu, il est souvent arrivé qu'on rie de moi. Mais on fait les choses à fond, ou on ne les fait pas du tout.

KENZI : Ah, il y a ceux qui sont pour et ceux qui sont contre ! Mais peu importe l'avis des autres, finalement.

KAMIJO : Aux débuts de Versailles, les membres du groupe faisaient leur entrée sur scène en portant des roses. On faisait ça en se disant « ah, ils vont tous éclater de rire ! ». Mais c'est tout ce qu'on pouvait faire. Car il faut faire ce que l'on veut faire. Dans le kanji du verbe « s'habituer », il y a le caractère du « cœur » et le caractère du verbe « transpercer ». Je veux transpercer le cœur des gens encore et encore, pour que, dans ce sens positif, ils s'« habituent » à nous et à notre façon de faire.

KISAKI : J'aimerais dire une dernière chose. Tout à l'heure, KAMIJO parlait des manières de table, mais en fait, il n'utilise pas de fourchette et de couteau ! Il mange avec des baguettes.

Tout le monde : (Rires).

KAMIJO : Michiru-kun a repris ses activités avec un nouveau groupe, alors j'aimerais aussi que KISAKI-kun se remette à s'exprimer sur cette scène. Que KISAKI-kun soit là pour s'exprimer ou pas, ça change tout. Bien entendu, KISAKI-kun est mon meilleur rival.

KENZI : C'est tout à fait ça ! Je trouve que la scène a perdu en attrait depuis le départ de KISAKI. Elle est devenue triste. J'attends ton retour.

TOMOZO : C'est ce que je dis moi aussi à KISAKI à chaque fois.

KISAKI : C'est parce que je cause toujours toutes sortes d'incidents ?

KENZI : Mais non, mais non. Quand KISAKI n'est plus là, ce n'est plus amusant. Quand je dis amusant, c'est par exemple quand il monte sur son piédestal et qu'il est tout content qu'on l'appelle Dieu.

KISAKI : Mais il se moque de moi !!

Tout le monde : (Rires).

KENZI : Mais la scène a vraiment perdu beaucoup d'attrait.

KISAKI : Ça me rend sincèrement heureux que vous me disiez cela. Je pense aussi que vous êtes tous mes plus grands rivaux. En particulier KAMIJO, que j'ai connu avant même d'avoir 20 ans. Ça doit faire 14 ou 15 ans qu'on est amis. C'est avec KAMIJO que mon histoire a commencé.

KAMIJO : Lorsque nous nous sommes rencontrés, tu es venu me voir en me disant « prends-moi dans ta tournée ».

KISAKI : A cette époque, LAREINE était un peu populaire...

KENZI : Un peu ?

KAMIJO : C'était l'époque où nous étions vraiment juste un peu populaire.

KISAKI : Est-ce que je viens de dire « un peu » ?

KENZI : Oui.

KISAKI : Eh bien... LAREINE était un peu plus populaire que mon groupe.

Tout le monde : (Rires).

KISAKI : Comme dit plus tôt, à cette époque nous étions jeunes et nous ne voulions pas perdre. Je voulais à tout prix jouer avec eux, et c'est comme ça, au Naniwa Rockets que tout a commencé, sans même que nous ne nous connaissions. Pour ce qui est de Michiru-kun, je l'ai rencontré au Narcisse. Nous avions un concert ensemble et j'ai trouvé son groupe génial. Pour KENZI, c'est DYNAMITE TOMMY qui me l'a présenté, contre son gré (rires).

KENZI : Contre mon gré (rires). Toute l'ardeur qui émanait de toi m'a impressionné. Le nombre de spectateurs et de CD vendus a beau être quelque chose d'important, il vaut quand même mieux faire tout ce que l'on a envie et aller jusqu'au bout de ses projets. Je pense que c'est ce que tu faisais.

KISAKI : C'est bien qu'il y ait toujours des senpai comme ça pour s'énerver quand il le faut. Mais je pense que KENZI-san va mourir d'une mort prématurée, s'il continue à ne faire que des choses irraisonnées comme il en a l'habitude.

Tout le monde : (Éclat de rire).

KENZI : Ne me tue pas !

KISAKI : Tu sais, je pense vraiment que ta façon de vivre est géniale. Tu peux partir l'esprit tranquille, car je ferai de mon mieux pour mener à bien toutes tes volontés.

KENZI : Je ferai tout pour t'emporter avec moi dans la tombe. KISAKI est Dieu ? Alors sauve-moi si je meurs !!

Tout le monde : (Rires).

KISAKI : Je peux jouer « kamiuta » pour tes funérailles.

KENZI : Pourquoi il faut que tu joues ta chanson (rires) ? Joue une chanson à moi !

KISAKI : ... Sur ce, nous allons tous faire de notre mieux pour bien nous entendre (rires).
 
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